mardi 27 janvier 2009

«L’homoparentalité, ce sont des situations très inventives»
Gays. Le désir d'être père, l’absence de prémodèles : un sociologue a enquêté.
CHARLOTTE ROTMAN
Olivier a toujours eu envie d’un enfant. C’est un désir qu’il considère comme «naturel»,«commun à tous les hommes» mais dont «la réalisation est un acte militant». Arnaud et Thomas sont ensemble depuis quinze ans : «Le soir où on s’est connus, on a parlé de la paternité et on s’est dit tous deux qu’on souhaitait avoir des enfants.» Stéphane ne voulait pas «vieillir comme un vieux schnock avec un caniche». Il assume le caractère «égoïste» de son désir d’enfant mais l’étend à «n’importe quel père ou n’importe quelle mère». Il a eu un bébé à 32 ans avec une lesbienne. Jean-Paul, issu d’un milieu ouvrier et aîné de cinq enfants, a, quant à lui, pensé à se marier car il ne «pouvai[t] concevoir la vie sans enfant». Marc, lui, a passé «toute [son] adolescence à faire [sa] généalogie, à traîner dans les placards, à regarder les photos, à constituer les albums et à discuter avec [ses] grands-mères et [ses] grandes-tantes», il éprouve un besoin de transmettre.
Ces exemples sont puisés dans l’enquête qu’Emmanuel Gratton, sociologue, a mené sur la paternité gay et qu’il présente ce soir-là, à Paris, aux militants de l’APGL (parents et futurs parents gays et lesbiens) (1). Le chercheur, hétérosexuel, a enquêté plusieurs années de suite sur les pères gays. Ce mardi, il les a en face de lui. Et ils en disent long sur les pères d’aujourd’hui.
«Plus affirmés». Emmanuel Gratton parle du choix de devenir parent. Dans la salle, les candidats sont tout ouïe. Cela peut être un désir très ancien et ancré ou un projet de la maturité (qui se manifeste vers 30, 35 ans). «Aujourd’hui, les hommes de 20 ans ne se posent plus les mêmes questions. Ils savent qu’un projet parental, c’est possible» alors que chez les homos plus âgés, «la question a été refoulée, avant de revenir». «Les nouveaux adhérents ont d’autres profils, note d’ailleurs un bénévole de l’APGL qui assure l’accueil des nouveaux venus. Ils sont plus jeunes, plus affirmés, parlent davantage d’un recours à une mère porteuse que d’une coparentalité.»
Tous, contrairement aux couples hétéros (fertiles), doivent choisir la manière de devenir parent. Souvent - et cela est très moderne - «le partenaire parental et le partenaire conjugal ne sont pas les mêmes». Génitrice, coparent, marraine, amie, des figures féminines peuvent être des «alliées» des couples masculins. Elles offrent d’autres référents à l’enfant. Sur leurs chaises, les hommes approuvent. Il est vrai qu’on a souvent reproché aux homoparents de bafouer la différence des sexes et des représentations.
Les projets de couple demeurent proches de ceux des hétéros, sauf que là, rien n’est assigné au départ. «Il n’y a pas forcément de distribution des rôles. Qui se lève la nuit ? Qui donne le biberon ? Cela se négocie, selon les goûts, les intérêts, les compétences.» La coparentalité, elle, «respecte la dimension biologique» puisqu’il y a «un père et une mère identifiés»…Sauf qu’ils ne sont pas les seuls. Les parents génétiques composent avec les parents additionnels. Parfois les quatre se font appeler «papa» pour les hommes et «maman» pour les femmes.
«Au fil du temps». «Ce sont des situations très inventives, s’enthousiasme Emmanuel Gratton, il n’y a pas de prémodèles, les constructions se font au fil du temps.» Dans le public, personne n’est là pour le contredire.«Les autres familles vont peut-être être influencées : il pourra bientôt y avoir des familles hétérosexuelles non conjugales», glisse l’un. «Les amoureux d’un côté, les parents de l’autre, rêve un autre, peut-être que les coparentés tiennent davantage…» Sourires dans la salle.
«On répète tout le temps qu’on est des parents comme les autres, peut-être trop. Comme si on voulait ressembler aux autres», réagit un pilier de l’association, père d’une adolescente. «J’en connais qui défaillent si leur fils joue à repasser et qui ne veulent pas acheter de poupées aux garçons. On n’est déjà pas dans les normes, ils ont le trouillomètre à zéro», affirme une militante de l’APGL.
«Oui, enfin dans les réunions à l’école maternelle, il y a 19 mamans, deux papas, dont un black et un homo», tempère un homme assis au premier rang. Le quadragénaire poursuit : «Nous, on a été obligés d’être des militants.» «Les homosexuels ont une longueur d’avance pour remettre en cause les normes, mais ils ont peu de modèles de paternage», complète Gratton. «Certains doutent eux-mêmes de leur capacité à s’occuper des petits.» Un jeune homme, sûr de lui, témoigne : «Heureusement j’avais une sœur, et des nièces dont je me suis occupé. Sinon, comment savoir ? Là, je n’ai aucun problème pour ma paternité future.»

(1) Emmanuel Gratton, L’Homoparentalité au masculin, le désir d’enfant contre l’ordre social, PUF
source:GOOGLE Actualités

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Pas de libelles par exemple
sinon je devrai les enlever