samedi 7 février 2009


ÉTATS-UNIS • Obama vient en aide aux soldats gays


Au cours de sa campagne, le candidat démocrate a promis de lever l'interdiction pour les homosexuels de servir dans l'armée américaine. Ils devront néanmoins encore patienter quelques mois avant de pouvoir affirmer leur orientation sexuelle sans risque d'expulsion.

Barack Obama a l'intention de réfléchir à une argumentation solide qui mettrait fin à l'interdiction pour les soldats d'affirmer ouvertement leur homosexualité au sein de l'armée américaine. Plusieurs militants gays semblent prêts à lui laisser au moins quelques mois pour atteindre cet objectif. "Nous ne craignons pas qu'il nous abandonne", indique Rea Carey, président du National Gay and Lesbian Task Force, une organisation nationale de défense des droits des homosexuels. Quand on pense aux grandes déclarations de principe du président Clinton sur ce sujet, qui n'ont finalement débouché sur rien de concret, Obama et son pragmatisme tranquille auront peut-être plus de chance d'être entendus.

Pendant sa campagne, en 1992, Clinton s'était adressé à un groupe de 600 personnes composé en majeure partie de gays et lesbiennes – c'était alors l'un des plus importants rassemblements du genre. The San Francisco Chronicle avait alors rapporté que Clinton "s'était étranglé d'émotion" pendant son discours. On avait pu lire dans The Boston Globe que "ses yeux s'étaient remplis de larmes". Abordant la question du sida, il s'était dit prêt à abandonner la course à la Maison-Blanche "s'il pouvait dès demain d'un simple geste de la main, chasser la maladie de ceux d'entre vous qui êtes séropositifs". Et il était bien résolu à lever l'interdiction pour les homosexuels de servir dans l'armée américaine.

Selon un rapport du General Accounting Office [GAO, l'équivalent de la Cour des comptes], publié en 1992, le ministère de la Défense aurait expulsé, en moyenne, 1 500 soldats homosexuels par an au cours des années 1980. Le document souligne que même les études internes du ministère de la Défense indiquaient qu'"aucune donnée ne permettait d'appuyer" les affirmations selon lesquelles ces soldats représenteraient un risque quelconque pour la sécurité. Clinton était au courant de tout cela lorsqu'il a déclaré : "Chaque fois que nous discriminons, que nous haïssons, que nous refusons d'utiliser le potentiel de n'importe quel groupe d'Américains, nous sommes moins forts que ce que nous devrions être […]. Mes amis américains, nous avons trop à faire pour endurer ces règlements désuets. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir de notre côté les cœurs et les esprits de la communauté gay et lesbienne."

Les règlements obsolètes ont pourtant perduré. Le Pentagone et de vives protestations ont forcé Clinton à maintenir l'interdiction tout en exhortant l'armée à ne pas se mêler des affaires personnelles de ses membres. Bref, il conseillait aux soldats gays de ne pas sortir du placard. Mais sa stratégie n'a pas fonctionné. En 2005, un rapport du GAO révélait que les expulsions avaient diminué de moitié entre 1994 et 1995, mais qu'elles avaient ensuite recommencé de progresser pour atteindre plus de 1 100 par an au cours des trois dernières années de l'administration Clinton. Parmi les 9 500 soldats expulsés entre 1994 et 2003, quatre sur cinq l'ont été pour avoir simplement admis qu'ils étaient gays. On estime que le remplacement de ces soldats a coûté 95 millions de dollars à l'Etat. Et dans le contexte de l'après-11 septembre 2001, les pertes en termes de compétences sont inestimables : 322 de ces soldats se débrouillaient en arabe, en coréen, en russe, en chinois ou en farsi.

Le peuple américain a bien compris l'enjeu. Selon des sondages réalisés l'an dernier par CNN et The Washington Post, 75 à 81 % des Américains affirment que les soldats ouvertement homosexuels devraient être autorisés à servir dans l'armée. Obama a entendu le message. Sur le nouveau site Internet de la Maison-Blanche, il cite le rapport du GAO de 2005 en affirmant "être d'accord avec l'ancien Chef d'état-major des armées, John Shalikashvili, et d'autres experts militaires qui affirment qu'il faut mettre un terme à cette politique du 'Pas de question, pas de réponse'. Les valeurs clés pour servir dans l'armée devraient être le patriotisme, le sens du devoir et une volonté de servir sa patrie." Lors de son discours devant le Lincoln Memorial, à la veille de son investiture, Obama a spécifiquement mentionné que les homosexuels formaient une communauté que les Américains devraient "considérer comme une des leurs." Si Obama parvient à faire reconnaître la valeur et la bravoure des soldats indépendamment de leur orientation sexuelle, même si cela doit prendre quelques mois, le pragmatisme tranquille pourrait bien être la voie du véritable changement.


Derrick Z. Jackson
The Boston Globe

vendredi 6 février 2009

Vade retro Benedetto!

Meurtres, discours homophobe, censure: l’Italie est en crise. Dénonçant l’intrusion du religieux dans l’appareil d’Etat italien, les associations dressent un état des lieux édifiant de la montée de l’oppression des LGBT dans le pays.
Edna Castello
février 2009
Quand on demande à un militant italien quelles déclarations de Benoît XVI l’ont le plus choqué ces derniers mois, il ne sait par où commencer. Il est vrai qu’une phrase comme «C’est Dieu qui décide si l’on est un homme ou si l’on est une femme; ce qu’ils appellent le ‘genre’ ne leur sert qu’à s’affranchir de l’œuvre du créateur», prononcée le 22 décembre, ne vient que renforcer les propos homophobes populistes serinés par la droite et l’extrême droite. Il y a 15 ans, les groupuscules d’extrême droite italiens semblaient folkloriques. Ils ne font plus rire depuis l’entrée au gouvernement Berlusconi de la Lega, parti nordiste extrémiste ouvertement homophobe. Ces liens entre l’extrême droite, de nombreuses associations catholiques et le gouvernement ont suscité la création de groupes anticléricaux tels que Facciamo Breccia, composé de féministes et de laïcs, principalement LGBT. Graziella Bertozzo, qui y travaille, a été particulièrement choquée par le meurtre d’un lycéen à Vérone, en mai, roué de coups parce qu’il avait les cheveux longs. «Ses quatre agresseurs faisaient partie de Forza nuova, un parti d’extrême droite, commente-t-elle. La plupart de ces groupes travaillent en réseau avec des associations catholiques comme Famiglia e civiltà à Vérone et Famiglia domani à Rome, qui s’occupent uniquement de combattre les LGBT.» Facciamo Breccia organisera le 14 février à Rome la quatrième édition de No Vat, une manifestation qui rassemble environ 10 000 personnes chaque année. «Cette date fait référence à la signature du concordat entre l’Etat italien et le Vatican, le 11 février 1929, dont nous demandons l’abolition», explique-t-elle.
Peur du changement
Interrogée sur les questions LGBT dont elle a la charge, la ministre pour l’égalité des chances dans le cabinet Berlusconi, Mara Carfagna, répond invariablement: «Je suis pour la famille, je suis catholique.» Cette ex-show-girl court vêtue n’a jamais rencontré les associations LGBT, mais les juge «constitutionnellement stériles». Le mépris de l’Etat accompagné de continuelles déclarations homophobes ont des effets dramatiques dans la vie quotidienne, explique Aurelio Mancuso, président national d’Arcigay, la plus grande association LGBT du pays. «En 2008, neuf personnes LGBT ont été tuées, dont cinq trans. Depuis 2006, 48 personnes LGBT ont été tuées en Italie. Les lesbiennes, pourtant très invisibilisées, portent de plus en plus plainte.» Le gouvernement persiste. En signant la proposition de dépénalisation de l’homosexualité à l’ONU en décembre, le ministre italien des affaires étrangères a pris la peine de préciser que le gouvernement restait opposé au mariage. Le Vatican, lui, a voté contre. «Il y a bien eu récemment de la part du gouvernement une proposition d’union libre, une sorte de pacte signé chez le notaire, indique Fabrizio Marrazzo, président d’Arcigay Rome. Mais des politiques de centre droit ont déjà déclaré qu’ils voteraient contre, sans même l’avoir lue. Je pense qu’on n’en reparlera pas.» L’Italie est l’un des rares pays d’Europe où l’homophobie d’Etat est aussi virulente. «Les politiques ont peur du Vatican et peur du changement, commente Aurelio Mancuso, parce qu’ils sont vieux et qu’ils veulent rester au pouvoir. »
Eglise en crise
«De son côté, l’Eglise catholique est en crise», poursuit Mancuso, «elle a peur également. En 2008, les interventions publiques de Ratzinger ont attiré un million de fidèles en moins et les églises se vident.» Le matraquage homophobe et liberticide ne fait donc que s’accroître. Il s’exprime d’autant plus facilement que les médias sont pratiquement tous détenus par le chef du gouvernement. En décembre, Brokeback Mountain est ainsi passé sur Rai 2 dans une version censurée: exit l’étreinte et le baiser passionné! «Sans les médias, nous ne sommes rien, rappelle Graziella Bertozzo. Quand nous avons occupé la place Saint-Pierre, en juin, à l’occasion de la Pride, l’info n’est restée que 30 minutes sur le site de la Repubblica.»
Aujourd’hui, le président national d’Arcigay croit à la création d’une force politique autonome LGBT qui pourrait influencer les élections. Quant à Graziella Bertozzo, pour elle, l’unique solution est de diffuser les informations à l’étranger afin de faire jouer la solidarité internationale, ce qui a déjà permis l’annulation de la visite du Pape à la grande université romaine de la Sapienza. L’opposition au Saint Père est donc possible, nom de dieu
Quand la variétoche vante le «traitement» de l’homosexualité…
Il s’appelle Povia, il a une petite gueule faussement innocente, des cheveux mi-longs et une voix qu’il fait péniblement monter dans les aigus. Il chante des chansons consensuelles qu’un enfant de quatre ans trouverait gnangnan: bref, il n’a aucun intérêt. Sauf que depuis que ce benêt a annoncé qu’il chanterait au prochain festival de Sanremo une chanson intitulée Luca era gay, c’est le branle-bas de combat chez les militants LGBT italiens. Luca, c’est Luca Di Tolve, un garçon qui a déclaré avoir été guéri de son homosexualité (s’il a jamais été gay) grâce à un psychologue américain, Joseph Nicolosi, connu pour ses théories douteuses sur la «réparation» de l’homosexualité. Pour le chanteur, qui a lui-même aidé deux de ses amis à «guérir» et se marier, ce serait donc une maladie. «Si la chanson n’est pas retirée, prévient Fabrizio Marrazzo, on bloquera l’accès au festival.» Et l’affaire est à prendre au sérieux, tandis qu’en Italie, les réunions du type «Homosexuels anonymes» organisées par l’Eglise se multiplient. E.Ca
Luxuria triomphe, mais la «chasse aux trans» continue…
C’est fait! Vladimir Luxuria, la plus célèbre transexuelle italienne, militante et ex-députée communiste, a remporté fin novembre L’Isola dei famosi, version italienne de La Ferme des célébrités. Il faut dire que la Luxuria, qui est une sacrée finaude, a bien manœuvré: elle n’a pas hésité, pour plaire au public, à réprouver les relations extraconjugales tout en faisant passer des phrases humanistes du type: «Quand on vit ensemble, on devrait rechercher ce qui nous unit plutôt que ce qui nous oppose.». Cette victoire serait-elle une lueur d’espoir? «51 000 personnes ont voté pour Vladimir. Mais en Italie, il y a 60 millions d’habitants», tempère Fabrizio Marrazzo. «L’Italie est un pays où les trans subissent des discriminations, où ils ne trouvent pas de travail et vivent dans la rue parce qu’ils ont été chassés de chez eux.» Les militants se souviennent d’une «chasse aux prostituées trans» organisée en mai dernier par la police de Rome. Les prostituées avaient été brutalement arrêtées sous les acclamations des habitants du quartier qui photographiaient la scène avec un plaisir évident sur leur téléphone portable. E.Ca.
Les «intersexes» donnent de la voix devant l’ONU

Près d’un enfant sur 2000 naît avec une morphologie génitale «ambiguë». Soumis à des opérations et traitements forcés, les personnes intersexuées manifestaient à Genève pour exiger le respect de leur corps.
Arnaud Gallay
janvier 2009
Lundi 26 janvier, une poignée de personnes intersexuées et leurs amis se sont réunis sur la Place des Nations, à Genève, devant le siège européen des Nations Unies, pour attirer l’attention du public sur les conséquences des chirurgies et traitements imposés sans consentement, particulièrement sur des enfants, et aboutissant à des mutilations génitales irréversibles.
C’est la deuxième fois (après une première manifestation devant l'Hôpital de pédiatrie de Zurich en juillet dernier) que les personnes intersexuées «sortent du bois» en Suisse, comme l’explique Nicolas, qui concède que ces actions publiques sont éprouvantes: «Les personnes intersexuées n’existent pas pour la société. On ne voit que deux sexes: masculin et féminin. Quant à toutes les variations qui existent entre les deux, on n’en parle pas.»
Première devant l’ONU
Le rassemblement de lundi marquait également une première: les personnes intersexuées étaient invitées à s’exprimer devant le Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU et le 43e Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW). Elles y soumettaient à cette occasion un rapport officieux sur les atteintes aux droits humains dont elles sont victimes. «Ce rapport fait la liste des violations commises contre les personnes qui ont un appareil génital non conforme: castrations, opérations génitales forcées… qui détruisent les âmes comme les corps», résume Daniela, présidente de l’Association des personnes intersexuées. «C'est une manière de dire: Aidez-nous à vivre notre vie dans la dignité!»

Allemagne (Cinéma)
Joe Dallessandro récompensé à la Berlinale

Joe Dallesandro, sex-symbol homo dans des films d'Andy Warhol, de Paul Morrissey et dans Je t'aime moi non plus de Serge Gainsbourg (le «little Joe» qui fait payer ses clients dans la chanson Walk on the Wild Side, c'est encore lui), sera l'une des stars de la Berlinale 2009. Le jury du festival du film de Berlin, qui s'est ouvert jeudi 5 février, lui remettra en effet un Teddy Award spécial (récompense pour les films homos), à l'occasion de son 60e anniversaire. «Non seulement Dallesandro était le plus bel homme de sa génération, mais il a aussi exercé un pouvoir d'attraction érotique et s'est laissé consciemment objetiser», explique le directeur de la section Panorama du festival de Berlin, Wieland Speck. «Encore aujourd'hui, les hommes comme pour les femmes ne se lassent pas de son physique».

Avec Tilda Swinton (l'égérie de Derek Jarman) en présidente du jury, mais aussi une cérémonie de trophées dédiée au films LGBT, et une flopée d'icônes gays (Keanu Reeves, Gael Garcia Bernal, Michelle Pfeiffer…), la Berlinale confirme cette année qu'elle est le plus queer des festivals généralistes. En guise de point d'orgue, la remise des 23e Teddy Awards, qui aura lieu le 13 février
Finlande : impossible de changer de genre dans le cadre du mariage

La Cour suprême administrative de Finlande a jugé qu'un homme marié ne pouvait pas changer de genre. Le mariage étant légalement réservé à l'union d'un homme et d'une femme, le tribunal a estimé que le seul biais possible consistait pour le couple concerné à divorcer puis à conclure un partenariat enregistré qui, lui, permet l'union légale de deux personnes de même sexe.